Non-binaire : définition, usages et idées reçues

« Non-binaire » s’entend de plus en plus, dans une case à cocher sur un formulaire, dans un pronom accordé différemment, dans une conversation entre collègues. Le mot circule, mais sa définition reste souvent approximative, réduite à « ni homme ni femme » sans plus de nuance. C’est dommage, parce que derrière ce terme se trouve une notion précise, un vocabulaire voisin utile à connaître, et quelques idées reçues qui méritent d’être corrigées.

Non-binaire : la définition de base

Non-binaire désigne un genre qui n’est pas exclusivement homme ou femme. C’est un terme parapluie : il englobe des identités de genre diverses, celles de personnes qui se sentent les deux à la fois, ni l’un ni l’autre, entre les deux, ou autre chose encore. Le mot ne décrit donc pas une identité unique et homogène, mais une famille d’expériences qui partagent un point commun, celui de ne pas correspondre au cadre strictement binaire homme ou femme.

Un terme parapluie, pas une case unique

Sous ce terme général se trouvent des mots plus précis, que certaines personnes utilisent pour affiner la façon dont elles décrivent leur genre : agenre (l’absence de genre), genderfluid (un genre qui varie dans le temps), demigirl et demiboy (une identification partielle à un genre), bigenre (deux genres) ou encore genderqueer. Une personne peut choisir d’employer l’un de ces termes avec précision, ou simplement se définir comme non-binaire sans entrer dans davantage de détail. Les deux usages sont légitimes : le vocabulaire sert la personne, pas l’inverse.

Non-binaire et transgenre : une distinction qui compte

Les deux mots se recoupent souvent, sans être identiques. Une personne non-binaire dont le genre diffère de celui assigné à la naissance peut se décrire comme transgenre. Mais une personne peut aussi être non-binaire sans se reconnaître dans le mot « trans », ou inversement se dire trans sans utiliser le mot « non-binaire ». Il n’existe pas de règle unique : chacun choisit les mots qui correspondent le mieux à son vécu.

Ce que « non-binaire » ne dit pas

Une précision importante revient souvent dans les ressources sérieuses sur le sujet : être non-binaire ne dit rien de l’apparence d’une personne, des pronoms qu’elle utilise, ni d’une éventuelle transition médicale. Une personne non-binaire peut avoir une apparence perçue comme très féminine, très masculine, ou ni l’une ni l’autre. Elle peut utiliser « il », « elle », « iel », un pronom neutre, ou alterner entre plusieurs selon le contexte. Elle peut souhaiter des soins médicaux liés à son genre, ou n’en vouloir aucun. Ce sont des décisions personnelles, indépendantes les unes des autres.

Trois idées reçues à corriger

« Non-binaire, c’est vouloir avoir l’air neutre. » Faux : l’apparence ne définit pas l’identité de genre, comme rappelé plus haut. « Non-binaire, c’est la même chose que transgenre. » Les deux notions se recoupent parfois, mais ne se confondent pas, comme vu plus haut. « Il faut choisir un mot précis parmi agenre, genderfluid ou bigenre. » Non : le mot « non-binaire » seul suffit très bien à qui ne ressent pas le besoin d’aller plus loin dans le vocabulaire.

Et en droit français ?

En France, la loi ne reconnaît que deux mentions de sexe à l’état civil, masculin ou féminin. La Cour de cassation a tranché la question par un arrêt du 4 mai 2017 : elle a refusé qu’une mention « sexe neutre » figure sur un acte de naissance, jugeant que la dualité des sexes à l’état civil constitue un élément fondateur de l’organisation sociale et juridique française, et qu’une troisième catégorie relèverait du législateur, pas du juge. Concrètement, une personne non-binaire ne peut donc pas faire inscrire une mention de sexe neutre sur ses papiers d’identité français, même si son identité de genre n’est ni masculine ni féminine.

En revanche, changer de prénom reste possible indépendamment de cette question. L’article 60 du code civil permet à toute personne majeure de demander un changement de prénom si elle justifie d’un intérêt légitime, une notion qui inclut la volonté de porter un prénom en accord avec son identité de genre. La demande se dépose auprès de l’officier d’état civil de la mairie du lieu de résidence ou du lieu où l’acte de naissance a été dressé ; si l’intérêt légitime est reconnu, le changement est enregistré directement à l’état civil, sans passer par un tribunal.

Un mot que l’on retrouve aussi sur les applications de rencontre

Le vocabulaire du genre s’invite naturellement là où l’on se présente aux autres, notamment sur les applications de rencontre. La plupart imposent encore une liste fermée de deux ou trois cases. T4TSpace, application de rencontre par et pour les personnes trans et non-binaires, a fait un autre choix : le genre s’y renseigne en texte libre plutôt que dans une liste figée, ce qui laisse à chacun la place d’écrire le mot qui lui correspond vraiment, y compris les nuances évoquées plus haut. Le lexique de T4TSpace consacré au mot non-binaire détaille d’ailleurs cette définition, et le site de l’application explique plus largement comment elle fonctionne.

Pour aller plus loin

L’association OUTrans propose un lexique complet et des permanences pour les personnes trans et non-binaires ainsi que leurs proches. Le Défenseur des droits publie régulièrement des décisions et des ressources sur le respect de l’identité de genre. Pour le détail juridique de la décision de 2017, l’article de Village Justice sur le refus de la mention sexe neutre à l’état civil reprend l’arrêt dans son intégralité, tandis que le texte du code civil sur Légifrance détaille les articles relatifs au changement de prénom.